Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 17:32

      Perle du Jura. Bétonneur : 1 - Nature : 0

 

Nous sommes tous très familiers du cliché : oui, Champagnole est bien une perle et pas seulement dans le Jura mais en France. 340m2 de grande surface alimentaire pour 1000 habitants. Nous nous contentions de ce record national. Et bien sûr nos 4 supers ne sont pas des géants, 1700m2 maxi. Dieu merci, notre maire voit plus loin et vise plus haut. Rêvant les yeux ouverts, il comprend qu'un record n'est là que pour être battu.

Alors le songe de l'édile local prend forme. Au pied d'un Mont Rivel tutélaire, 7 hectares sont débarrassés de leur terre noirâtre, grouillante de bactéries, juste bonne à porter 3 ou 4 charrettes de foin et quelques gerbes d'épis de blé bio.

Sur une impeccable plate-forme empierrée se déploie aujourd'hui l'élégante carcasse de ce qui sera le plus vaste commerce qui ait jamais honoré une ville de la taille de la nôtre.

On se prend à déplorer que ce temple de la modernité, ce fier ensemble architectural, ne structure une entrée de Champagnole.

Alors, que route de Pontarlier, sur les champs de pommes de terre, surgisse enfin Leclerc ! Quelle humiliation ce serait pour les champagnolais de devoir se contenter d'un seul Hyper U, dissimulé dans un obscur recoin du périmètre urbain.

 

Mais saluons l'audace entreprenariale de la direction de Super U. Probablement survolté par la ligne à haute tension qui surplombe le magasin, ne brave-t-elle pas un éventuel verdict négatif du Conseil d'Etat ? A ce jour celui-ci n'a pas statué sur les recours des commerçants et d'une association de citoyens résistant aux sirènes de l'hyper-conso.

En 2005 le Tribunal Administratif avait dit non à un projet d'Hyper U : Champagnole, jugeait-il, était déjà surdotée en espaces commerciaux. Aujourd'hui cet argument est non avenu. Le système Sarko est passé par là, déblayant le terrain légal pour que la loi de la jungle s'impose.

Mais une nouvelle majorité, tentée par le changement et plus soucieuse d'ordre et d'équité dans l'organisation du commerce, ne pourrait-elle pas être tentée de revenir sur cette dérèglementation ultra-libérale ? Et cela avant que le Conseil d'Etat se soit prononcé.

Cette éventualité a-t-elle incité Leclerc à moins d'inconscience ? En tout cas, cela a permis à ces mêmes paysans, hier encore qualifiés de vandales pour avoir déposé une clôture, d'user du socle de leurs charrues pour violer un terrain privé et confier au sein fertile de la terre, en douce et en douceur, les patates du cœur.

Champagnole. Paysans :1 - Bétonneurs :0

 

Michel Moreau

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Par Michel Moreau
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 11:23


Commençons par deux expériences personnelles. En 1960, je migre de Besançon à Champagnole, paradis des pêcheurs. Attiré par les belles farios de l'Angillon, j'emménage au Latet.

En 1962 des pelleteuses mettent de l'ordre dans la vallée. L'angillon ne serpente plus. Le marais d'Andelot est drainé. Je proteste, dans l'indifférence.

50 ans plus tard, voulant revoir le lieu où en 1988 j'avais fait des carottages pour la CRIIRAD, je découvre entre Equevillon et Sapois une zone humide noyée sous les déblais d'une entreprise de TP avec en prime une grosse décharge sauvage dans la nappe sous-jascente, à quelques encablures du domicile de celui qui fut président de la Communauté de Communes, et maire de Sapois.

Deux plaintes sont déposées. La justice donne du temps au temps.



En 1960, sur mes lieux de pêche, Ain, Sayne, Angillon, les truites sauvages abondent. Sous chaque pierre s'affairent les invertébrés. Il n'est pas encore question de limiter les prises à 10.

Et pourtant les prairies sont dopées aux nitrates, les lessives aux phosphates. Le lactosérum va tout naturellement de la fruitière du village au ruisseau. Les maisons neuves sont équipées de fosses septiques. Le terme « assainissement des eaux usées » n'est pas entré dans le vocabulaire des élus municipaux.



En 2012 des pêcheurs s'émeuvent vraiment et nous alertent : de nous cours d'eau jurassiens, petits ou grands, la vie s'éclipse.

Mais la situation actuelle n'est que la résultante d'un bon demi-siècle de sottes insouciances, de pollutions ponctuelles ou chroniques. Hier le DDT, aujourd'hui le Roundup, les nitrates, phosphates, les résidus d'antibiotiques, les hydrocarbures des parkings, les produits de traitement de surface, migrent vers les nappes phréatiques, les sédiments des lacs, les résurgences en aval des reliefs calcaires.



Les pêcheurs nous font toucher du doigt les limites de notre mode de développement. Les activités agricoles ou industrielles, même si parfois on distingue mal les unes des autres, se développent dans la biosphère. L'économique prend le pas sur le vivant. Mais air, eau et terre sont le milieu de notre vie.



On peut corriger un peu cette situation malsaine. Les lagunages à macrophytes, enfin adoptés par de plus en plus de communes rurales, sont à la fois plus efficaces et moins coûteux que les STEPS à boues activées classiques. Les lagunes fonctionnent à l'énergie gratuite du soleil. Grâce à un jurassien, spécialiste des sols, à l'audience internationale, mais peu entendu dans son propre département, la quasi totalité des villages de Saône et Loire utilisent ce procédé. Les techniciens et élus décideurs du Jura, m'ont, des années durant, affirmé que cela ne fonctionnait pas en région froide. Or ça marche au Canada. Et c'est pourtant à Pannessières que, sous l'impulsion d'un professeur de biologie, de la FDEJ et d'un maire innovant, fut installé dès 1986 le premier filtre à roseaux de l'est de la France.

Dans tout assainissement l'épuration des eaux repose sur le travail des bactéries, qui dégradent les matières organiques en sels minéraux. Dans un lagunage, phosphates et nitrates font croître les plantes. A la sortie d'une STEP, ils partent dans la rivière, concentrés en un point précis. Algues et cyano-bactéries en raffolent.

Bien sûr quelques STEPS sont dotées de systèmes de dénitrification, déphosphatation, énergivores, dont le fonctionnement est évalué par l'opérateur lui-même. Les phosphates sont alors dans les boues et lex oxydes d'azote, sur-puissants gaz à effet de serre, dans l'atmosphère.



Mais les meilleurs lagunages ne résoudront pas tout.

L'agriculture française est la plus dépendante des intrants, pesticides et engrais chimiques, voraces en énergies fossiles. Elle assassine les paysans, avec une prédilection pour les plus modestes, détruit les sols et notre santé(2).

Le français est le plus gros consommateur de médicaments qui, via ses déjections, réunies à celles des animaux des élevages industriels, gavés d'antibiotiques (facteurs de croissance!) traversent sans dommages STEPS et lagunages.

Ainsi la piètre qualité de nos eaux est montrée du doigt par la Communauté Européenne.

Et pourtant avec VEOLIA, Suez-Environnement, Générale des Eaux, nous pouvons nous enorgueillir de posséder les meilleurs spécialistes du traitement des eaux, alors que nos voisins en sont encore à une gestion publique.

Ce constat incitera-t-il nos élus locaux à assumer leurs responsabilités dans la gestion de régies municipales ? Ne rêvons pas. VEOLIA, récemment accusée d'une énorme arnaque sur les heures supplémentaires à l'URSSAF, sait leur parler. Ne vont-ils pas jusqu'à déléguer à la compagnie fermière l'entretien de lagunages dont l'intérêt est justement de ne prendre que quelques heures par mois à un employé communal !



Le terme de révolution alarme. Alors disons que seule une mutation profonde dans le mode de production agricole et de la consommation, dans le sens d'une sobriété partagée, peut stopper la dégradation de nos rivières et à terme y restaurer la vie.

On peut sortir du nucléaire en 20 ou 30 ans. On ne peut attendre aussi longtemps avant de se tourner vers cette éco-agriculture qui seule peut, selon la FAO, à terme nourrir l'humanité.

Il est étonnant que les écologistes ne mettent pas cette question au cœur du débat présidentiel. L'idée de cette mutation vitale fait-elle quelques progrès dans l'esprit des grands candidats, s'interrogent ceux qui croient au sérieux de la politique. Le doute me saisit lorsque l'on voit leur empressement à aller faire allégeance au syndicat des gros exploitants gâtés par la PAC.

Et pourtant François, boire et manger doit-il être un privilège ou un droit ?



Assez de pessimisme, encore que celui-ci soit une bonne prévention contre les déceptions.

Après tout il y a en France des rivières plus maltraitées que Loue, Ain ou Bienne, que ne côtoie ni ne réchauffe le moindre réacteur nucléaire.

Et puis l'homme, qui a appris à vivre sans le mammouth, se nourrit-il de gammares ou de larves de phryganes ? Nul n'est besoin de ruse ni d'exercice physique pour approcher le banc du poissonnier.

D'ailleurs sous nos climats tempérés et plutôt démocratiques, l'espèce humaine est-elle à court terme menacée d'extinction ? Bien sûr que non.



Mais c'est le Pascal des Pensées qui nous redonne le moral. Ne nous compare-t-il pas à cette frêle plante aquatique, le roseau, qui ploie mais pense.

Ne gaspillons pas ce don. Dès aujourd'hui pensons et demain nous serons.

Voyez, le soir tombe. A l'ombre de la grosse pierre, la truite est sur le qui-vive. Là-haut, dans l'air, une mouche de mai effleure l'onde de son vol éphémère.



Michel Moreau







  1. « L'économique et le vivant » - René Passet, 1979

  2. « Le livre noir de l'agriculture » - Isabelle Saporta, 2009




Par Michel Moreau
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 15:15

 Un mouvement s'est organisé à Champagnole contre les projets d'hypers (Collectif Citoyens Resistants - Citoyens Ecolos Solidaires, avec l'appui de la Confédération Paysanne). Une pétition a accueilli 2000 signatures (consulter le dossier ci-joint).

L'échéance électorale toute proche voici peut-être un thème électoral pour la Gauche.

En 2005 le projet de transfert de Super U et son passage à la taille d'hyper, accepté par la CDAC du Jura, le conseil municipal de Champagnole (2 voix contre dont la mienne), a été refusé par le Tribunal Administratif : Champagnole avec 240m2 de grande surface alimentaire par tranche de 1000 habitants était déjà sur-dotée (record de France).

Cet argument, pensions-nous, était recevable en 2012 d'autant que le contexte social, économique et démographique de la zone de chalandise avait évolué défavorablement.

Or cet argument, disent les juristes, n'a plus de valeur depuis que la réglementation concernant l'installation des grandes surfaces a été modifiée dans un sens ultra libéral lors du quinquennat de Nicolas S, avec l'aide intellectuelle de Jacques Attali.

 

Cette dérèglementation, désirée sinon imposée par les grands distributeurs, a des conséquences environnementales, sociales et économiques en contradiction totale avec la communication très à la mode sur le développement durable qui fleurit dans le sillage du Grenelle de l'Environnement.

A Champagnole beaucoup espèrent que la loi pourra être modifiée, peut-être même avant que le Conseil d'Etat, auprès duquel le TA s'est défaussé, ait examiné les recours déposés par le Collectif Citoyens Résistants et par les commerçants.

Il serait intéressant de rappeller à ceux-ci, qui ont contribué à la victoire de Nicolas S en 2007, que ce dernier a agi en faveur des grands trusts de la distribution qui n'ont rien d'éco-philantropes, et qui ne verseront pas de larmes sur la mort du centre ville de Champagnole et leur disparition.

 

A propos de disparition programmée, n'omettons pas celle des caissières (une caisse sans caissière coûte 15000 euros, c'est-à-dire le salaire brut d'une caissière pendant 9 mois). Carrefour et Système U ont un contrat avec la firme américaine qui produit cet équipement destructeur d'emplois..

Utiliser ces informations ne devrait pas nuire à la campagne de la gauche.

 

Michel Moreau

 

Par Michel Moreau
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 15:00

 

Dossier Hypermarchés

 


Les Faits

 

L’association Citoyens Ecologistes Solidaires s’était associée aux 4 recours déposés le 1er/09/2010 auprès de la Commission Nationale d’Aménagement Commercial (CNAC), par la Fédération Jura Nature Environnement (JNE), contre les 4 avis favorables de la Commission Départementale d’Aménagement Commercial (CDAC) transmis le 6 août 2010 et le 6 septembre 2010. (Le 6 aout : 2 projets de création d’hypermarchés ( Leclerc et Hyper U), et un projet d’extension d’un Intermarché et le 6 septembre : création d’un ensemble commercial accolé au projet de l’Hyper U. Par courrier du 4 février 2011 et du 10 février 2011, la CNAC décide le rejet des 4 recours.

La Fédération Jura Nature Environnement a connu une période difficile fin 2010, s’étant vue menacée du non versement d’une subvention accordée en juin 2010 par le Conseil Général du Jura qui présentait ces recours émanant d’une association de défense de l’environnement comme une entrave au développement économique du secteur de Champagnole : l’écologie s’opposait à l’économie.

 

Cette subvention accordée pour des actions déjà accomplies tut rétablie par la Commission Permanente le 23/01/2011 après que JNE eut renoncé à l’organisation d’une manifestation publique devant le Conseil Général le 13/01/2011.

 

Après ces péripéties qui ébranlèrent JNE, qui avait néanmoins maintenu son recours auprès de la CNAC, c’est donc l'association Citoyens Résistants qui en appelle au Tribunal Administratif, appuyée par l'association Citoyens Ecologistes Solidaires, responsable du dossier suivant.

JNE s’était attachée à exposer les aspects environnementaux des 3 projets. Nous les abordons de façon plus compréhensive, utilisant la grille d’analyse du développement durable, lequel est très évoqué dans les projets d’hypers.

 

La question de fond est bien : L’installation de 3 hypers dans le contexte champagnolais est-il compatible avec la recherche d’un développement durable ? Etudions-en les effets croisés sur les piliers du Développement Durable, l’économie, le social et l’environnement qu’il convient de concilier au mieux.

 

 

Plan Economique

Deux notions s’imposent.

Via ses centrales d’achat la grande distribution contribue à la concentration des moyens de production et à la délocalisation dans les domaines agricoles comme industriel. Elle exploite un concept simple :distribuer plus en employant moins.

Au niveau de la distribution qu'elle concentre, elle supprime des emplois qui ne sont qu’en partie suppléés par d’autres souvent précaires et à temps partiel. Parmi les salariés percevant moins de 750 € par mois les caissières sont majoritaires. Sachant qu'une caisse automatique dont le cpût est de 15000 euros, est vite amorti. La disparition des caissières est programmée à court terme.

Dans le cas qui nous concerne le seul Hyper U avec sa galerie marchande et 4000m2 de «magasins satellites» déséquilibrerait les conditions du commerce local. Le centre ville, notamment l’avenue de la République, l’artère principale qui sort d’un réaménagement coûteux, perdra toute attractivité économique, ce dont sont conscients les 1 700 signataires d’une pétition initiée par le collectif « consom’acteurs ».

Au sujet de Leclerc, voici l’avis de la Direction départementale des Territoires: « Proche du centre ville, ce projet d’envergure risque de déséquilibrer le commerce existant du centre ville ». La DDT donne un avis réservé quant à ce projet.

Environnement et social

La Terre promise... au goudron.

Le bilan est lourd : 10.5 hectares de terres agricoles parmi les meilleures du secteur seront artificialisés.

Est-il responsable aujourd’hui d’accélérer, la disparition du potentiel de production alimentaire. Nous exposerons plus loin quelle pourrait être une utilisation plus pertinente de ces précieux espaces ?

Notons que l’utilisation de ces terrains productifs serait en contradiction totale avec les principes et objectifs de la charte « Agriculture, Urbanisme et Territoires » sur laquelle se sont engagés l’Etat, le Conseil Général du Jura, l’Association des Maires du Jura et la Chambre d’Agriculture (pièce n° ).

 

Plus de voitures - des trajets plus longs

L’urbanisation que l’on peut qualifier de conventionnelle, en interaction avec le développement de l’automobile, s’est caractérisée par la création de zones où se concentrent les très grandes surfaces à la périphérie de nos villes.

De même que la distance n’a cessé de croître entre le lieu où un bien est produit et celui où il est consommé, le lieu où il est accessible localement s’est régulièrement éloigné du consommateur.

Dans le dossier d’Hyper U se trouve une illustration de la dépendance à l’automobile qu’impose ce développement non durable de la distribution. Aujourd’hui le parking du Super U existant accueille 1600 véhicules/jour. Demain celui du nouveau magasin en accueillerait 413 de plus. Il se situerait à 1km plus loin du centre ville.

Ces 2000 véhicules parcourant quotidiennement 4000 kms supplémentaires consommeraient près de 300 litres de carburant achetés aux pompes de la station service de l’hyper. L’émission des 300 tonnes annuelles de C02 excèderaient la capacité d’absorption d’un hectare de forêt équatoriale.

 

Mais ne devrons-nous pas en 2050 avoir divisé par 2 nos rejets de gaz à effet de serre

L’exception champagnoIaise

Notre cité peut se prévaloir d’une situation très particulière les 4 supers sont répartis équitablement sur le territoire urbain. Chacun est intégré à un quartier à forte densité de population.

Deux d’entre eux, Colruyt et Super U qui sont appelés à disparaître, l’un déménageant et l’autre probable victime de la concurrence des hypers, jouxtent des foyers de personnes âgées qui les fréquentent régulièrement.

Ainsi 80% des champagnolais vivent à moins de 500m d’un super. Tout l’habitat social, où résident la plupart des non motorisés, jouit de cette circonstance favorable.

Sans parler de Leclerc, la création du seul Hyper U amènera, c’est très probable, la fermeture de Colruyt et de Casino. Champagnole compte déjà suffisamment de friches commerciales. La proportion des champagnolais résidant à moins de 500m d'une grande surface tombera à 30%.

Voyons les conséquences sue la vie de 3 personnes

Madame A. habite rue E. Herriot. Elle a 60 ans, possède une voiture mais parcourt à pied 1200 mètres pour se rendre à Colruyt, 1300 pour Super U. Le nouveau site sera à 2300 m. Elle s’y rendra en voiture et parcourra près de 5 kms.

Madame B, 58 ans, domiciliée aux Pléiades, immeuble FILM, fait ses courses à Colruyt (200m) ou Super U (300m). Il lui faudra faire près de 3kms à pied pour acheter un kilo de sucre. Mmc B n’est

pas motorisée.

Madame C, 81 ans, vit au Foyer du Mont Rivel. Mitoyen de Super U. Elle perdra le peu d’autonomie qu’il lui reste. Merci pour elles. Et ceci au moment même où les urbanistes veulent créer des quartier mixtes habitat-commerces.

Et l’Eau

L'eau collectée sur les parkings et la station service transitera par des déshuileurs puis sera dirigée vers un bassin de rétention. Elle sera restituée au milieu naturel par infiltration.

La pollution sera inévitable. En effet les déshuileurs ont une efficacité toute relative, souvent en dessous des 50% en termes de rendement. Leur dimensionnement, leur entretien, le fait qu'ils ne soient souvent pas adaptés à la pollution dite chronique ( ce qui est le cas pour des surfaces imperméabilisées pour parkings) laissent songeurs quant à leurs performances « voir étude 2005 ENGREF Montpellier et INSA Lyon – Synthèse technique des données sur l'efficacité réelle des séparateurs à hydrocarbures et étude traitement des eaux de ruissellement routières SETRA – Equipement – Avril 2009.

Quel traitement subiront le ru qui irrigue les jardins familiaux et la Londaine en bordure de Leclerc ? Ce ruisseau capricieux, victime de pollutions répétées, dont les rives sont mal entretenues, est enfermé dans des tuyaux sous Champagnole.

Le risque d’engorgement et d’inondations, qui sont déjà survenus, est aggravé par la construction d’un lycée sur une zone humide asséchée et le remblaiement illégal d’une autre zone humide de 4 hectares en amont de Champagnole, sur une commune limitrophe, membre de la communauté de communes. Cette atteinte à l'environnement n'a pas retenu l'attention du président de la dite communauté, maire de Champagnole.

Bilan Carbone

C’est très tendance et les promoteurs ne tarissent pas sur les économies de gaz à effets de serre que ferait réaliser leur projet. Ainsi le dossier Hyper U fait état d’un « gain de 51% par rapport à la solution classique». Bien évidemment, obéissant à la RT 2012 (et non 2010 comme il est cité dans un des considérants), un Hyper U aura un meilleur bilan carbone que la version 1998 d’une même structure.

Ce qu’il importe de comparer c’est le coût énergétique d’une surface de vente de I 700m2 et celui d’un hyper de 5200m2. La consommation d'énergie d'un tel bâtiment, même réduite de 50%, ce qui est fort optimiste, par rapport à une « solution classique » (laquelle?) , excédera d'au moins 25% celle de l'actuelle grande surface.

La destruction de Super U, puis la construction de l’hyper présenterait un bilan énergétique aussi lourd qu’injustifié au regard des besoin réels. N’a-t-on pas là l’exemple même d’un gaspillage inacceptable.

Admettons que l’objet du projet soit vraiment la quête de l’efficacité énergétique. Eh bien des travaux de maîtrise de l’énergie peuvent être réalisés, sur le site actuel : isolation renforcée, récupération de calories sur les installation frigorifiques, pose de solatubes pour un éclairage naturel et solaire en journée qui assure un bon confort de travail au personnel, et permet des économies considérables.

Leclerc prétend contribuer aux Energies Renouvelables, grâce à une centrale photovoltaïque. Or,le plan montre des panneaux posés sur un toit plat. Le rendement sera correct au cœur de l’été, très faible de septembre à avril, nul sous la neige qui tiendra sur un toit bien isolé.

S’il y a un toit où il faut éviter d’installer du solaire photovoltaïque à Champagnole c’est bien celui-là.

La gestion de l’énergie, des déchets, de l’eau y sera au niveau 2012. Le tri des déchets, l’utilisation des frigories pour produire des calories, l’isolation ne sont pas, à proprement parler, des innovations.

C’est le moins que l’on pût espérer d’une construction neuve. Mais tout cela est bien respectueux des réglements et serait pertinent si la taille, la nature de la zone de chalandise et le poids du bassin de l’emploi le justifiaient, ce qui ne saute pas aux yeux.

Remarques techniques

P 104 — il est question d’une PAC (pompe à chaleur) avec un COP (coefficient de performance) très très bon : 4.

Dans le même dossier Hyper U on lit 1kwh électrique -> 0.108 kg de CO2. Les chiffres de I’ADEME sont différents: I kwh électrique-> 0.150kg de C02.

Remarques annexes

Sécurité.

Le site actuel de Super U présenterait « un caractère de dangerosité important. De nombreux accidents s’y produisent au niveau de l’accès. » Renseignements pris : on ne dispose pas de statistiques pour les accrochages ne nécessitant pas l’intervention de la gendarmerie, qui n’a pas eu à constater d’accidents corporels. Le site, pourrait donc étant donné sa grande fréquentation, être considéré comme relativement sûr et faisant baisser la moyenne champagnolaise dans le domaine des accidents.

 

Zone de chalandise et contexte économique et social

Les zones de chalandise de Leclerc et d’Hyper U ne se superposent pas. Celle de Leclerc inclut Morez et Morbier, celle d’HyperU inclut Poligny. Ces centres sont pourvus de grandes surfaces. Qui prétend lutter contre l’évasion commerciale afin de limiter les gaz à effet de serre peut-il vouloir faire déplacer moréziens et polinois jusqu’à Champagnole ? Ce n’est pas cohérent. De plus Poligny est géographiquement tourné vers Dole et Dijon via l’autoroute.

 

En public le maire de Champagnole a annoncé qu'un Leclerc attirerait 15000 clients supplémentaires à Champagnole, qui fréquenteraient aussi les commerces du centre ville. 15000 c'est les populations réunies de Morez, Morbier, Poligny.

 

De même, de Crançot, à 10 kms de Lons le Saunier et 25 de Champagnole, on continuera à s’approvisionner à Lons, où travaillent la majorité des habitants. Une supérette n’a pu s’y maintenir. Pont d’Héry, aussi dans la zone de chalandise, est à quelques kilomètres de Salins-les-bains.

C’est une revitalisation de commerces alimentaires dans les bourgs-centres Andelot, Crançot, Censeau ainsi qu’au centre de Champagnole qu’exige la recherche d’un aménagement du territoire compatible avec le Développement Durable.

Contexte économique et social

La ville a connu une grave désindustrialisation et une chute de la population, concomitantes avec l’installation de 4 supers. Ceux-ci n’ont pas dynamisé l’économie locale comme prétendent le faire les promoteurs des nouveaux hypers. Une bonne part du commerce indépendant, notamment alimentaire, a disparu. Une boucherie réputée, longtemps fermée, a trouvé un repreneur jeune et dynamique. Tiendra-t-il ? Quid des librairies, bijouteries, marchands de vêtements et chaussures ?...

 

Le vide créé par l’effondrement de pans entiers de l’industrie traditionnelle, forges, meubles, cimenteries.., n’a été qu’en faible partie comblé par des transferts d’usines qui étaient situées dans des communes proches, vers Champagnole et les communes limitrophes.

«La perle du Jura dans son écran de verdure» - empruntons le cliché des édiles en mal de discours — est une ville agréable. L’habitat s’y est développé. On habite à Champagnole. On travaille ailleurs. L’évasion du travail est bien plus préoccupante que l’évasion commerciale à laquelle elle contribue d’ailleurs. La fermeture de la maternité et plus récemment de la chirurgie à l’hôpital génèrent aussi des déplacements vers Pontarlier et Lons le Saunier.

Champagnole avec ses 8133 habitants constitue la part la plus importante de la zone de chalandise primaire (10775), et plus de 50% de l’ensemble zone primaire plus secondaire.

Sur les 50 communes de cette zone, Champagnole pointe à la 38e place avec 15469€ par foyer fiscal. La moyenne jurassienne est de 16868€ et française 17497€. Cette proportion est inversée si l’on compte les m2 de grande surface par 1000 habitants (Champagnole : 310, Jura 224, France: 140). Ainsi c’est la ville où le niveau de vie est le plus bas qui bénéficie des aménagements commerciaux les plus importants.

Faut-il y voir un paradoxe où la démonstration que l’hypertrophie de la distribution n’assure pas la vigueur économique?

En France un salarié sur 4 dispose d’un revenu inférieur à 750 euros. C’est probablement plus ici. De même la précarité énergétique est aussi une réalité locale. Le coût de l’énergie grimpant elle concerne de plus en plus de foyers. Les nombreux champagnolais travaillant à Lons, Morez. Pontarlier et le Haut Jura, voire la Suisse souffrent de l’augmentation du prix des carburants qui n’est pas que conjoncturelle.

Alors on est loin de la vision utopique de Leclerc décrivant « un bassin de vie dont l’importance en terme de dynamisme économique et de population appelle un hypermarché » qui disposerait d’une surface suffisante pour présenter un assortiment ne se limitant pas aux produits de première nécessité.

Vérification faite un super local offre 50 marques de whisky, 40 mètres de linéaire sur 6 rayons d’aliments pour chats et chiens, au moins 120 shampoings. Bien sûr on peut regretter qu’on n'y trouve hors période de fêtes que 6 références de foie gras.

S’il n’y a pas de corrélation positive entre le suréquipement commercial de la ville et le niveau de vie de ses habitants, ceux-ci peuvent-ils attendre des effets bénéfiques de la croissance de cette offre commerciale ?

Utilisation de l’espace et Développement Durable

La quête de Développement Durable inclut bien sûr une réflexion sur l’usage fait de l’espace. Quelques semaines avant la réunion de la CDAC le POS était modifié et les 10.5 hectares destinés à Hyper U et Leclerc devenaient compatibles avec leur installation.

Hyper U et ses « magasins satellites » utiliseront 7 hectares. Aujourd’hui un cultivateur y produit du foin, un paysan boulanger le blé pour son pain bio. Les locataires d’HLM y jardinent dans un environnement idéal, abrité, bien orienté et irrigué par un ru issu du Mont Rivel, qui ne tarit pas.

Démocratiser l'accès à une alimentation saine, c'est possible !

Ainsi une régie municipale agricole pourrait, en employant des personnes en insertion à la manière des jardins de cocagne de Besançon, approvisionner en légumes bio l’ensemble de la restauration collective. Le problème de l’encadrement ne se pose pas; chaque année le CFPPA de Montmorot forme des maraîchers qui, étant donné le prix du foncier, ont des difficultés à s’installer.

On peut même imaginer un rucher pédagogique et un verger.

A l’heure où l’on parle de circuits courts, de l’urgence de protéger les enfants des effets des produits phytosanitaires, terme politiquement correct pour désigner les pesticides, entre pommes de terre, carottes, courgettes et autres poireaux, et parkings bitumés, voire engazonnés et arborés, le choix de la raison est évident.

Quant au terrain de Leclerc, il a été acheté, pour partie la plus importante, la parcelle 224 de 1.8 hectares, par le Foyer Jurassien fin 2009. Trois mois plus tard, le 11 mars 2010, le Foyer jurassien signait un acte de vente à la société SODELDIS (annexé au dossier Leclerc). La décision de cette vente a été prise le 9/12/09 par le CA du Foyer Jurassien dont le maire de Champagnole, supporter de Leclerc, est vice-président.

Cerise sur le gâteau : le prix du m2 : 13€. A Champagnole, Leclerc écrase le coût de l'immobilier. Les petits candidats à la construction profiteront-ils d'une telle aubaine ? Consultant les statuts du Foyer Jurassien, on recherchera en vain ce paragraphe qui, dans l'objet social de cette société, permettrait de jouer ce rôle d'intermédiaire immobilier au profit d'un grand de la distribution.

Ces 3.58 hectares, sis dans le périmètre urbain, étaient réservés à de petits collectifs (100 logements); On ne peut rêver d’un site plus approprié pour accueillir de l’habitat social de qualité. C’était d’ailleurs prévu. On parlait de 100 logements, de gestion exemplaire de l’espace, de l’eau, de l’énergie, bâtiments basse consommation, d’énergies renouvelables (Champamag, juillet 2009).

Ce rêve de voir Champagnole se distinguer par la qualité environnementale de son habitat social ne se réalisera pas. L’avenue Clémenceau s’ornera de l’imposante façade d’un Leclerc superflu et d’esthétiques alignements automobiles sur 13.000m2 dûment imperméabilisés, voire arborés.

Champagnole, qui dispose déjà de surfaces de parkings supérieures à celles des autres villes jurassiennes, battra évidemment le record de l'espace goudronné dédié à la voiture.

Mais pourquoi le Foyer Jurassien, dont la raison sociale est prioritairement la construction d’habitat social, a-t-il acquis puis aussitôt revendu ce magnifique terrain, à un prix que beaucoup jugent très avantageux, au géant de la distribution (407.430€ pour 3.01 hectares).

Devant un prix aussi attractif, la commune de Champagnole ne devait-elle pas user de son droit de préemption pour se constituer une réserve foncière dans cet endroit privilégié ?

Remarque de la DDT: « la localisation de la zone du projet Leclerc semble mieux adaptée à un projet d’habitat dense ». D’où un avis réservé.

 

Concluons

Certains peuvent penser que le citoyen est apte à tout gober, à l’instar d’un édile local aux multiples responsabilités, qui déclare en public « oui nous avons beaucoup de m2 de supers mais O m2 d’hypers». Il s’exprimait au 1er degré, je le crains, persuadé que la formule du coca vendu dans ses futurs hyper sera supérieure à celle du coca de nos supers.

Et pourtant à qui fera-t-on croire que les surfaces commerciales sont condamnées à croître sans cesse, en totale déconnection avec le contexte économique et social ?

Finissons sur 2 notes optimistes.

1 - En 2005, le TA de Besançon a annulé la décision de la CDAC autorisant la création d’un Hyper U. Le motif étant que Champagnole était déjà surdotée en grandes surfaces. Qu’en serait-il demain ? avec les 5300m2 de Leclerc, les 9200m2 de plus de l’ensemble Hyper U — magasins satellites, et les 750m2 supplémentaires d’Intermarché.

2 - Oui — développement durable exige — c’est écrit en toutes lettres dans les dossiers, on pourra se rendre aux nouveaux hypers à pied et à vélo. L'éloignement des magasins stimulera l'activité physique des non-motorisés . Voyons : bouger c'est facile et bon pour la santé. Lorsque la presse locale dévoilera ce scoop, le champagne coulera à flots dans les foyers André Socié et du Mont Rive!. Malheureusement l’offre étant actuellement basique et répétitive - Leclerc dixit - ils n’auront le choix qu’entre une cinquantaine de crus.

Tant sur le plan économique (bilan négatif pour l’emploi, destruction de commerces), social (destructuration du tissu urbain, atteinte à l’autonomie des plus fragiles, aggravation des inégalités) et aussi environnemental (artificialisation de plus de 10 hectares, gaspillage de cet espace précieux, dépendance accrue à l’automobile), les projets d’hypers, notamment Hyper U et Leclerc, nous conduisent plus loin sur la voie d’un développement insoutenable.

La morale de ces affaires : les plus en plus riches ont de plus en plus de pouvoir sur l'aménagement de nos villes, les conditions de nos vies.

Ici et là s'élèvent des voix, notamment de jeunes, qui exigent des politiques moins ordinaires, moins dociles, bref, plus dignes.

 

 

Michel Moreau

Président de Citoyens Ecologistes Solidaires

Par Michel Moreau
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 20:59

 Manger sain : un droit, pas un luxe

 

 

« Mangez 5 fruits ou légumes par jour », conseille la diététicienne. La mère de famille longe avec son caddie les rayons de son hyper. Fin mars, les pommes rutilent, sans une ride. Sur les patates lisses et lavées pas trace d'un germe. Les tomates au galbe parfait s'exposent. Leur couleur évoque la chaleur de l'été, leur saison.

Beaux, calibrés, ne mollissant pas à l'étal, tels sont les fruits que les hypers veulent. Et comme les grands de la distribution commercialisent plus de 90% de ces produits végétaux, leurs critères ne se discutent pas.

Pour produire, calibrer, stocker, c'est la course à l'industrialisaton, aux matériels coûteux. Les petits perdent pied. La filière se restructure. L'emploi s'effiloche.

Pour plaire aux enseignes, notre pomme, de la floraison à la cueillette, subit 26 à 27 traitements chimiques, ou plutôt phytosanitaires pour être politiquement correct. La laver ne sert à rien. L'éplucher ? Il faudrait enlever 8mm de chair, là où sont les vitamines. Et les pesticides systémiques l'infestent jusqu'au trognon.

La belle tomate de serre est gavée de fongicides. Elle a consommé beaucoup d'énergie (une tonne de tomates = 960kgs d'équivalent pétrole). Ferme pendant 3 semaines, elle est garantie insipide. Mais qui des clients de l'hyper connaît le goût d'une vraie tomate qui tire sa saveur du sol et du soleil ses vitamines.

Le défanage chimique a endurci la peau de la patate. On pourra la laver. Des traces de terre enrayeraient le tapis roulant de la caisse de l'hyper. Aspergée de chloroprophame, anti-germinatif cancérigène, elle peut se reposer jusqu'à une année en chambre froide, où s'éclipse la vitamine C.

 

Des marmots US ont été soumis pendant 5 jours à un régime bio. Dans leurs urines, le taux de pesticides a dégringolé. Après le retour à une alimentation « normale » il retrouve son niveau.

13 organo-phosphorés se combinent dans les aliments de 9 enfants sur 10 de 6 mois à 5 ans, âge où les cellules sont les plus sensibles aux agressions. C'est Outre-Atlantique.

Et chez nous, français, recordmen de l'usage des pesticides ? Le Centre International de Recherche sur le Cancer est formel : cette maladie progresse rapidement chez les enfants en Europe. Elle a coûté 10 milliards d'euros en 2008 en France. Le coût mondial est de 1,5% du PIB, bien devant.. le SIDA. Les mêmes firmes sèment le cancer et le soignent. C'est tout bénéf pour le PIB. Cela s'appelle croître.

Tout comme les lobbys du nucléaire et du pétrole, ceux de l'agro-business et de la distribution ont des atouts maîtres dans leur jeu. La transition vers l'agrobiologie sera aussi ardue que celle des énergies fossiles vers les renouvelables. Elle est pourtant vitale et réalisable, à terme inéluctable.

 

 

Vers une agriculture durable

 

Existent aujourd'hui 2 modes de production alimentaire. L'un, majoritaire, satisfait aux besoins de la masse des consommateurs ; l'autre ultra minoritaire à ceux d'une « élite » informée et qui a les moyens. Cette inégalité est insupportable.

Plus de 90% de la production de fruits et légumes est intégrée à un système dont l'industrie et la distribution fixent les règles : recours massif aux engrais et pesticides, mise en concurrence avec les pays où règne le dumping social et environnemental. Or cette agrochimie détruit les sols. Elle nécessite donc de plus en plus d'intrants, et obéit ainsi à la loi des rendements décroissants, le rendement n'étant autre que le rapport entre l'énergie produite et l'énergie consommée. Et comme il faut 1,6 T d'équivalent pétrole pour produire une tonne d'ammonitrates, on comprend vite que cette agriculture n'a pas d'avenir. Ajoutons qu'elle empoisonne nos cellules. Les paysans sont en première ligne. Elle détruit l'emploi.

L'éco-agriculture travaille non pas contre mais avec la nature. Elle protège le sol dont elle dynamise et exploite la fertilité ; son rendement est donc constant et peut même croître. Bien sûr, protégeant la santé, elle ne fait pas augmenter la consommation de soins. Et n'apporte rien au PIB. Mais ne doit-on pas, entend-on, maîtriser les dépenses de santé ?

 

Signes d'espoir

 

Quelques collectivités introduisent des produits bio à la cantine. Avec les AMAP, des circuits courts se mettent en place. Les Jardins de Cocagne agissent sur 2 plans : l'insertion sociale et l'approvisionnement de restaurants municipaux, comme à Lons sous l'impulsion d'un écolo qui a choisi d'agir, dans le cadre d'une municipalité de... droite. Mais comme le chantait Sting : «  au delà des idéologies nous partagons la même biologie ».

Ces victimes de la malbouffe ne sont pas chez les plus riches. Imagine-t-on Michel Edouard Leclerc faisant son marché en Hyper ? L'inégalité devant l'alimentation est inacceptable. La réduire ne serait-il pas un bel axe de programme pour la gauche, sans même attendre que cette volonté-là soit un thème porteur ?

 

 

Champagnole innove

 

A Champagnole, le maire, encore UMP, défend vaillamment ses hypers, qui squatteront 10 bons hectares de terre agricole.

Alors rêvons : le Conseil d'Etat refuse l'implantation de ces surfaces commerciales superflues. Et voilà notre maire, qui se plait à rappeller qu'il est croyant, touché par la grâce, Il se défait de ses shémas de pensée éculés, telle cette idée, désopilante, que l'hyper-distribution crée des emplois. Il monte une régie municipale de maraîchage. Poireaux, salades et patates seront bio à la cantine. Les 7 hectares merveilleusement orientés au pied du Mont Rivel, soustraits aux Marchands du Temple, se muent en petit Eden, où de lointains descendants d'Eve et Adam croqueront la Belle Fille de Salins.

Voilà donc un maire qui crée des emplois tout en mettant les enfants à l'abri de douteux résidus chimiques.

Faites qu'il ne résiste pas à la tentation d'innover, et donc de nous étonner.

 

 

« Tu es ce que tu manges »

 

...assure le nutritionniste. Alors ici et maintenant agissons pour que Leclerc, Système U et l'agrobusiness ne dictent pas ce que nous serons demain.

 

 

Michel Moreau

 

 

Un grand merci à Isabelle Saporta pour son livre fort, documenté, humain : « Le livre Noir de l'Agriculture », sous-titré : «  comment on assassine nos paysans, notre santé, l'environnement ».

A mettre entre toutes les mains.

 

 

Par Michel Moreau
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